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    Réédition d'une série de 3 articles publiés en juin 2010 :

    Peut-être connaissez vous ma passion pour l’œuvre de Monsieur Georges Remy, dit Hergé, et en particulier pour le cycle des aventures d’un dénommé Tintin ? Oui, bien sûr, j’appartiens à la génération qui attendait avec impatience chaque nouvel album. J’ai souvent lu et relu, découvert les analyses, exégèses, biographies tout au long de mon existence, sans être un spécialiste comme on en trouve dans plusieurs associations, qui ont recensé tous les boutons de porte.

    Un beau jour, j’ai plongé le nez dans un livre d’un certain Bertrand Portevin , et là j’ai coulé à pic. J’en suis à trois lectures. Os court, Portevin m’a tuer. Le sens profond, l’âme de l’œuvre passionnément mais respectueusement mise à nu, par un travail impressionnant et toujours drôle. Respect.

    Je respecte tant et j’ai tant été convaincu du bien-fondé de sa lecture, et de la véritable voie que ça ouvre à tout Amoureux de Sapience, que j’ai cherché à approfondir à mon tour certaines images, tirées en particulier d’un album : « Le Crabe aux pinces d’Or ». Pourquoi celui-ci ? A la suite d’un rêve dans lequel je descendais sur terre avec un personnage brun et frisé nommé Dario Carabo. Lors d’une relecture ultérieure et générale des Tintin, j’ai vu que Karabo se trouvait inclus dans le nom du bateau du capitaine Haddock à sa première apparition : le Karaboudjan. Et que mon personnage ressemblait beaucoup au Tintin grimé en mendiant qui guette Allan dans les rues de Bagghar, mais aussi lorsqu’il accompagne en tant que son neveu Alvaro le marchand Oliveira da Figueira chez le Pr Smith, alias Müller (dans l'Or noir).

    Depuis, je lis et relis cet album en particulier, et je crois avoir déjà réussi à en tirer un peu de moelle. Cela dit, je n’ai pas l’ambition de me comparer à Portevin, qui me dépasse de cent coudées, et que je ne remercierai jamais assez pour son splendide travail. Je dois préciser que Portevin démontre d’une manière éblouissante que toute l’œuvre est basée sur le symbolisme de la franc-maçonnerie et du Grand-Œuvre alchimique.

    A ce point, je dois préciser (une fois de plus) que je n’ai aucun lien avec cette mouvance, mais que l’étude du symbolisme amène nécessairement dans ses parages. Je voudrais également dire qu’il n’y a (à mon avis) aucun point commun entre les vrais maçons au cœur pur dont était l’ami Hergé, et le grand guignol sataniste qu’on nous montre partout. Pas plus qu’avec les assemblées de gorets avides de pouvoir et de relations qui fraternisent ou s'empoignent autour de la marmite. Encore une fois la Bête a souillé et singé le meilleur pour en tirer le pire.

    Hergé était un homme ardent et vulnérable, d’une discrétion totale, souvent dépressif et révolté, comme son héros Tintin, par l’injustice, qu’il a combattue toute sa vie par son œuvre, laquelle a insufflé de la lumière dans des millions de cœurs d’enfants. Sans lui, le monde serait aujourd’hui encore plus obscur.

    Il y a eu, il y a, il y aura des polémiques autour de l’œuvre. Récemment, des noirs demandaient l’interdiction de Tintin au Congo*. Pourquoi pas ? Demain, on retirera Coke en stock sous la pression des Arabes décrits en marchands d’esclaves. L’album qui risque d’être retiré en premier, c’est Tintin en Amérique, dans laquelle un Hergé qui commençait à voir les choses comme elles sont décrit l’histoire et la mentalité américaines en moins d’une page : A la page 28, Tintin vient de découvrir du pétrole. A la première case de la page suivante, il dit : « Personne pour capter cette fortune liquide ! ». Moins de dix minutes plus tard arrive un premier chacal, contrat en main, puis deux, puis quatre autres, et les offres passent de 5 000 à 100 000 dollars en un clin d’œil. Tintin répond que le puits de pétrole ne lui appartient pas, mais aux Indiens Pieds Noirs. « Vous n’auriez pas pu le dire plus tôt ? » rétorque un businessman pendant que son complice donne vingt cinq dollars au chef indien, en lui disant : « Vous avez une demi-heure pour faire vos paquets et quitter le pays ». Une heure après, l’armée chasse les derniers indiens qui partent avec leurs baluchons. L’heure suivante, arrivent des matériaux et des architectes. L’heure suivante, la Petroleum et Cactus Bank a ouvert ses portes, et le lendemain matin, la prairie est devenue une ville. Le tout en onze dessins. Bertrand Portevin signale qu'Hergé a fait encore plus court : page 1, case 1 : un flic en uniforme fait le garde-à-vous à un bandit masqué, armé, traînant le fruit d'un hold up. Tout est dit : pays de voleurs et de corruption.

    Hergé disparu, l’affaire devient un gros business, et les loups d’Hollywood rappliquent. Tintin va probablement être métamorphosé en un allié des forces du bien, celles des gentils blancs. C’était un peu la vision simpliste d’Hergé dans Tintin au Congo (« Quels as, ces missionnaires »), mais elle a très vite évolué. La lecture successive des albums montre bien que dès ce premier album en couleurs tous les thèmes hergéens étaient présents, et même l’infâme Rastapopoulos, mais que la pensée de l’auteur s’est régulièrement affinée, épurée, en même temps que son être profond. Pour moi, et ce n’est que mon avis, le premier album dans lequel Tintin a cessé d’être un justicier pour devenir un Juste, c’est « Le Lotus bleu », qui est le quatrième album en couleurs.

    Si dans Tintin en Amérique il expose la cruauté des blancs, ses Indiens sont encore plus ou moins collectivement des crétins. Mais c’est la dernière fois. Dans tous les autres albums, les populations indigènes seront différenciées, et chaque personnage aura une vraie texture plus ou moins complexe.

    Voilà, cette rapide présentation est terminée, il existe une foule d’ouvrages sur Tintin, dont entre autres l’œuvre indispensable de Serge Tisseron et celle de Benoît Peeters.

    Mais mon dessein n’est pas de retracer la vie et l’œuvre de Hergé. Il est de vous exposer ce que j’ai pu tirer de l’examen attentif de la page de l’album «Le Crabe aux Pinces d’Or ». Ce que j’ai fait là, avec un peu de familiarité avec la langue des Oiseaux, chacun peut le faire à sa manière. L’œuvre est voilée mais ouverte. Chacun peut venir y boire, et y trouver de la substance. Au fond, Hergé continue la grande tradition d’Apulée, de Rabelais, de Cervantès, de Dante, mais son travail est beaucoup plus facile à ouvrir pour des gens du XXIème siècle, surtout – et c’est un préalable indispensable si l’on veut effectivement passer à la pratique – lorsqu’on a lu Portevin **.

    Je voulais seulement vous montrer en quelques pages ce que l’on peut tirer d’un seul album en prenant la peine de le lire, de le relire, de le méditer, en quelque sorte, de laisser monter le sens de ses images ou de séquences d'images parfois quasi oniriques et de passer un peu au-delà de la surface. Montrer qu’il y a bien un fil, une rivière souterraine qui traverse l’œuvre.

    * Concernant « Tintin au Congo », la position de Patrick Lozès qui demande l’ajout d’un texte expliquant la vision paternaliste qui prévalait à l’époque me paraît juste, mesurée, intelligente.

    ** J'ai écrit ces trois textes en juin 2010; soucieux de ne pas raconter n'importe quoi, je les ai soumis au maître, dont j'ai fini par trouver l'adresse, qui les a lus et relus, dit-il, avant de me donner l'imprimatur. Il semblerait même que j'ai fait quelques vraies trouvailles. Elle est pas belle, la vie ?

    *** Pour finir, si vous voulez comprendre de quoi je cause, il vaudrait mieux que vous ayiez à portée de main l'album "Le crabe aux pinces d'Or", car les gens qui détiennent les droits de l'oeuvre sont particulièrement féroces, leur alchimie personnelle paraissant surtout basée sur l'or d'ici bas, et il m'est difficile d'illustrer mes propos.

    Donc, si ça vous dit, rendez-vous prochainement pour un travail d'archéologie.





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  • C'est vraiment trop trop bon, JeHan, jehan remets une couche.

    Régalez vous, avec Monsieur Victor Hugo, un gars qu'écrivait pas mal en son temps, et madame Colette Magny, une grande (et grosse) femme, qui a enchanté ma jeunesse.

    Qu'un mec comme JeHan soit aussi peu connu, avec tout ce talent, cette générosité splendide, c'est significatif de la bouse ambiante.

    Tiens, pour remercier madame Colette, un p'tit kdo :

     

     


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  • Une très belle version de cette chanson créée par Jean-Roger Caussimon, dont il existe entre autres une belle interprétation de Philippe Clay.

    C'est le cadeau du jour. Un des cadeaux, parce que tout est cadeau.

     


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    ¡Intelijencia, dame
    el nombre exacto de las cosas!


    ... Que mi palabra sea
    la cosa misma,
    creada por mi alma nuevamente.
    Que por mí vayan todos
    los que no las conocen, a las cosas;
    que por mí vayan todos
    los que ya las olvidan, a las cosas;
    que por mí vayan todos
    los mismos que las aman, a las cosas...


    ¡Intelijencia, dame
    el nombre exacto; y tuyo,
    y suyo, y mío, de las cosas!

     

    Intelligence, donne-moi
    le nom exact des choses !


    ... Que ma parole soit
    la chose même,
    créée par mon âme à nouveau.
    Que par moi aillent tous
    Ceux qui ne les connaissent, aux choses ;
    que par moi aillent tous ceux
    qui déjà les oublient, aux choses ;
    que par moi aillent tous ceux,
    les mêmes, qui les aiment, aux choses...


    Intelligence, donne-moi
    le nom exact, et tien,
    et sien, et mien, des choses !

     

    Juan Ramon Jimenez





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  • Une merveille de film :

     








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  • Elle avait une petite mine, ma lampe de chevet, ce matin, la tête en bas, son chapeau tout de guingois...

    La pauvrette, c'est qu'elle a été malmenée, jugez-en : les rues, les routes étaient pleines de monde. Des jeunes, pour la plupart, des hordes de jeunes tous plus ou moins tarés, emplis de haine, qui crachaient des insultes.

    J'étais dans une voiture, parmi d'autres voitures, et nous allions vers un point de ralliement. Mme VJ était dans une autre voiture, avec quelqu'un d'autre. A un croisement, nous devions prendre à gauche. Ils avaient barré la route, nous empêchant de passer.

    Je descendis. Je savais qu'on avait un laisser-passer, mais c'est Mme VJ qui l'avait. Parmi les invectives, je le leur dis. Elle allait arriver. Quelqu'un me dit : Garez votre voiture !

    Je me trouvai dans la rue. Soudain, un jeune mec, aux cheveux noirs, bien plus grand que moi m'arriva dessus, une lueur de joie meurtrière dans les yeux.

    Ayant peu de chances face à un tel colosse, j'y allai à fond : je l'écartai violemment de la main gauche prêt à frapper de la droite et...

    ...envoyai valser la lampe de chevet dans le mur.

    Bravo VJ.

    Tiens, pour te calmer :

    Voilà, c'est mieux ?

    Les rêves de combat, de guerre, de violence, d'affrontement sont la traduction d'une implication forte dans la dualité.

    Tu te laisses prendre par le film. Regarde, par exemple, bien que tu n'aies pour seul media que le ouèbe, comme tu te laisses entraîner par la sale guerre des américains contre le magnifique Poutine, ou celle de l'ignoble Valls contre le gentil Dieudonné.

    Tu choisis des bons et désignes des méchants, VJ, alors que, dans tes bons jours (et tes bonnes nuits), tu n'hésite pas à donner des leçons aux autres : c'est un film, les gars, restez en dehors de ça.

    Faites ce que je dis, quoi.

    Et puis, tu n'avais qu'à être avec Mme VJ, puisque c'est elle qui avait les papiers. Manque d'unité, c'est clair.

    Bon, allez, on fera mieux la nuit prochaine, d'accord ?


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  • L'amûr, tujûrs l'amûr...

     

     





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  • N'ayant pas la plume bavarde ces temps-ci, je réédite, piochant par ci par là dans les réserves.

     

    L'art du conteur est de dire mille choses en une, d'ouvrir des portes tout en les cachant.

    En voici un exemple très connu, mais combien ont su le lire ?

    Le nom du brave monsieur Seguin donne le ton. Si les étymologies officielles balancent entre SIG WIN, l'ami de la victoire, le plus douteux, et surtout dans ce contexte, et le scieur, de la sègue méridionale, le plus probable, phonétiquement le mot appartient à la famille de sequare, suivre, qui a donné entres autres le mot second, qu'on prononce seguond.

    Et le mouvement du scieur est toujours le même, du matin au soir, qui débite ses morceaux de bois. C'est le mental qui analyse, la raison qui, comme le dit Jean Charon, se base sur le connu pour avancer.

    M. Seguin est un brave homme. Pas un homme brave. L'histoire dit de la chèvre qu'elle était brave, elle, oui, qui a cherché sa voie vers les hauteurs, alors que M. Seguin, ce brave homme, n'a jamais quitté son enclos, et y enfermait son avoir.

    M. Seguin est un suiveur. Un mouton.

    L'appel de la montagne rappelle l'ascension du Mont Analogue par René Daumal. Irrésistible appel qui mène à l'accomplissement de la destinée, malgré la peur. Monter là-haut, c'est renoncer à la routine et à la pensée conforme. Mais qu'ont toutes mes chèvres ? se demande le pauvre bougre pour lequel l'existence en cage constitue tout l'horizon. Que peut-on aller faire dans la montagne, quand le loup y rôde ?

    Nous sommes tous partagés entre l'enclos et le large, le conformisme de Seguin et l'envolée de la chevrette blanche.

    Puis soudain, rien ne nous retient plus, et nous partons.

    La chèvre, c'est l'élan du coeur, l'intuition, l'imagination débridée.

    Au  creux de l'après-midi, une rencontre : l'ami sauvage, un chamois noir qui déjà préfigure le terrible loup, la nature ambiguë.

    Et puis, au soir, quand la nuit tombe, on mesure le chemin parcouru depuis qu'on est sorti du placard miteux : pauvre petite chèvre, maintenant seule face à l'horreur révélée, les oreilles dressées, les yeux luisants.

    Daudet sert généreusement les indices, les clefs de l'histoire. Luisant, c'est lumineux. Le loup, en symbolique alchimique, c'est lukos, lux, la lumière.  

    La redondance montre que le loup, c'est la révélation, l'éblouissante lumière qui se cache dans les ténèbres. Trop de lumière, d'insupportable lumière.

    Toute la nuit, la chèvre, la septième petite chèvre, la septième, comme par hasard, oppose ses cornes à l'assaut de la bête, comme un certain Jacob a lutté toute une autre nuit, ou la même, peut-être, contre un ange dont l'histoire ne dit pas s'il était noir et écumant, ou lumineux.

    Le loup, à coup de dents, enlève peu à peu la substance de la chèvre, arrache ses peaux, la dévoile, en extrait l'essence.

    Ce n'est qu'à la fin de la nuit que le monstre se transforme et que la petite chèvre abandonne la lutte, car elle sait maintenant  ce que dissimulait le monstre, qui n'était que la somme de ses peurs.

    Daudet insiste bien : elle se battit toute la nuit, et puis le matin, le loup la mangea. Tu m'entends bien Gringoire ?

    As tu des oreilles pour entendre le conte ? Entendre que cette histoire pour enfants est l'histoire véritable de ceux qui refusent de vivre enclos ? Qu'après la traversée de la nuit, il y a un matin, et qu'au matin, le combat cesse enfin, et qu'enfin les deux font Un ?

     

    Publié le 12 novembre 2011


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    "Quel mot s'est échappé de l'enclos de ta bouche ?", demandaient les héros d'Homère à celui qui parlait imprudemment.

    Quelle merveille que cet enclos de dents, ce palais où règne madame la langue, "la pire et la meilleure des choses", selon le fabuliste Esope !

    Dommage qu'il grouille si souvent de démons sauvages et rebelles, qui se pressent en foule vers le monde, habiles à le souiller, le renverser, le détruire, le moquer, le travestir, le tromper, lui mentir.

    Car les mots sont dans bien des bouches les effluves des hordes infernales qui pullulent dans les ténèbres poisseuses de notre inconscient le plus bas.

    De là, si rien ne les retient, ils s'échappent à l'air libre, causant troubles et ravages, provoquant querelles et désastres.

    Cette vision est bien noire. Il n'y a pas en nous que des zones infectes, des marais mijotant des fièvres assassines. En nous coulent des rivières et des ruisseaux d'eaux libres, en nous soufflent des vents de fraîcheur, des cascades de rires et des parfums de fleurs et de bêtes soyeuses. Nous avons des contrées généreuses et des chemins hospitaliers, d'accueillantes auberges aux hôtesses divines.

    L'ancienne sagesse conseillait de tourner sept fois sa langue dans sa bouche. Sept fois, encore, sept tours, sept cercles autour de l'axe vertical. Sept fois comme les sept roues qui symbolisent les stations du désir.

    Nous aurons tous éjaculé, hommes et femmes, bien plus de paroles que de liquides durant l'existence terrestre. Et comme eux, elles prennent naissance de notre désir. Noir désir, qui doit être éduqué, taillé, râpé, lissé, peigné, passé au crible, une fois, deux fois, six fois, sept fois, jusqu'à ce qu'aucun mot sorti de l'enclos de nos dents ne blesse plus, mais forme un pont avec le monde.

    Purification du désir, encore et toujours.

    De la naissance à la mort, nous n'avons que cette seule tâche. Tout le reste est foutaise.

     

    Publié le 11 décembre 2011 


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  • Ce que j'imite me limite. Car alors je me fixe un but, une forme qui me semble idéale et désirable. Mais je n'imite que la forme, qui n'est que l'ombre projetée de l'idée. La forme n'a pas de signification réelle. L'extérieur n'est pas vivant. Le gant n'est pas la main.

    Qui m’imite tend à me limiter, car il m’interprète selon sa propre limitation, me forme à son désir et me fige dans une représentation qui n’est rien de plus que l’image qu’il a de moi, selon les capacités de sa propre imagination, et qui peut peser sur la mienne. Il y a une interaction permanente entre moi et l’autre, qui rend encore plus difficile la réalisation de Qui je Suis.

    Les idoles, les stars, qui sont bien peu de chose les lumières éteintes, si elles n’ont pas la force de passer au-delà, ne se nourrissent que d’énergies serviles et très basses, qui en réalité les vampirisent par soustraction de la substance de leur image. Cela explique le nombre extrêmement élevé de suicides, drames, dépression et excès constatés dans ce milieu.

    Imiter c’est tendre à devenir l’image qui semble bonne. C’est suivre. Dois-je vouloir être bel et bon, selon mon propre curseur, qui varie sans cesse, en fonction des modèles rencontrés ?

    Quelqu’un me plaît. Je veux être comme. Commun. Con. Conforme.

    Quand je me conforme, ma forme devient commune. Comme une autre. Reflet. Plasma. Je perds donc toute possibilité d’Être.

    Il existe une tendance au mimétisme négatif : vouloir se différencier à tout prix. Pour un résultat identique.

    Je suis original lorsque je transmets dans ma forme la structure originelle de ma véritable forme, enfin pure de toute influence ou scorie, de toute attente, de toute crainte, de tout désir.

    Alors, étant devenu parfait, je peux exprimer la voix de l’Origine (étymologiquement : qui vient de la lumière), celle qui traverse le mur de la matière pour résonner comme par un tuyau – on dit maintenant un canal. Je suis alors enfin une Personne (per-sonnare).

    Toute imitation, tout mimétisme, tout désir de se fondre dans la masse par lassitude ou de se différencier par réaction doivent être bannis, tout désir de plaire, de se conformer à ce que l’autre attend de nous, tout cela doit être constamment débusqué et son énergie transmutée afin de laisser advenir à travers nous la voix et la lumière de l’Origine Eternellement Présente.

    Être beau n’est rien. Être bon non plus. Sage, riche, puissant, aimé, respecté, adulé, craint, suivi, apprécié, recherché, coté.

    De la rouille dans le tuyau. Attributs, guenilles. Fantômes, cadavres.

    Bouffe pour la lune, pour paraphraser Gurdjieff.

     

    Déjà publié le 18 janvier 2010.

     





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    L'artiste à l'oeuvre

     

    Autoportrait de Rembrandt, détail 

     

    L'un des problèmes principaux de l'artiste, c'est de définir, non pas une fois pour toutes, mais en permanence, la limite entre lui et son œuvre, ou, pour être plus exact, l'œuvre qui l'utilise pour venir au monde. 

    Car la théorie du mème, popularisée par Howard Bloom, s'applique à toute œuvre, et bien sûr particulièrement à l'œuvre originale - car à la fois universelle et forte d'une individualité exemplaire - sortie des mains d'un canal exceptionnel.

    La première difficulté, c'est de rester fécond et actif, alors que la genèse absorbe une partie notable de l'énergie vitale, et parfois immobilise, en une stase presque morbide, ou au contraire excite extraordinairement pour laisser après coup l'artiste flasque, vide et atone.

    La seconde, c'est de laisser paraître le bébé sans y laisser accrochées ses tripes, son cœur, et sans le préférer à ses autres bambins. De renoncer à la possession. 

    C'est plus difficile pour un peintre ou un sculpteur dont l'œuvre unique et physique s'éloignera sans retour, alors que pour l'écrivain, le photographe, - qui ne cèdent pas un manuscrit, un cliché, mais des droits à la reproduction-, le cinéaste, le musicien - une pellicule, une bande -, le duplicata est une condition d'existence sine qua non.

    La troisième, c'est de ne pas demeurer pendu à l'œuvre, si elle a rencontré le succès, comme une moule après son bouchot, de ne pas chercher à la reproduire indéfiniment mais au contraire de demeurer libre de toute inspiration, même la plus différente, quitte à essuyer ensuite l'insuccès durable ou définitif.

    C'est la raison pour laquelle l'éditeur, le producteur, le galeriste, tous les intermédiaires, s'ils ne sont pas parfaitement purs et amis, s'ils ne servent que des intérêts vénaux et immédiats, s'ils ne sont que des épiciers, ne peuvent que couper les ailes des artistes qu'ils sont censés promouvoir.

    Un exemple parmi d'autres : après le triomphe de "Le Sud", Nino Ferrer a essuyé mille misères, pour échapper à ses triomphes maudits et aux maisons de disques rapaces : Refaire inlassablement Le Sud, Mirza, Gaston, la Maison près de la fontaine.

    Pourquoi faire autre chose, coco, puisque ça marche ! Tu comprends vraiment rien au bizness...

    "Tu te rends compte, disait-il à Richard Benett, j'ai écrit, composé et produit près de deux cents chansons, et les gens n'en connaissent que trois. C'est comme un peintre prolifique dont on ne connaîtrait que trois tableaux, car tous les autres sont dans des coffres".

    Comme une voix qui crierait dans le désert, alors que des zombies sourds et aveugles se baladent avec leurs écouteurs en boucle ... 

    Moi, poète mineur, philosophe de poche, je vous parle de ça, parce que je vois bien, depuis mon petit vélo, comment ça marche, le succès, depuis quatre ou cinq ans que j'éjacule ma prose dans l'insatiable vagin du ouèbe.

    Un petit nombre de fidèles, avec des plus ou moins fidèles - mais aucun contrat ne nous lie, on revendique l'union libre - et parfois, parce que le thème ou la rédaction vont percuter un besoin ambiant - une faim frénétique -, un texte va valdinguer de droite à gauche d'un blog à l'autre, faire des échos, des entendus, des sous-entendus, des malentendus, peut-être.

    On en arrive à la quatrième difficulté de l'artiste : est-il jamais certain d'avoir été vraiment lu, entendu, vu, écouté, compris ?

    Certains le réduiront à leur taille et le traîneront devant leurs tribunaux de nains, d'autres l'amplifieront, lui feront estrade, cortège, en feront une bannière, chercheront à l'enrôler, l'appelleront à témoigner pour des causes crevées.

    Mais lui, l'artiste, que doit-il penser de tout ce cirque ? Est-il son œuvre ? Tout entier contenu dans telle ou telle partie de l'œuvre ?

    S'il crée pour être populaire, pour être aimé, mieux vaut pour tout le monde qu'il se taise et disparaisse.

    Mais un artiste peut-il crier son œuvre sans ce besoin obsédant d'être entendu et compris, sans la moindre restriction ?

    Tel est le paradoxe éternel, telle est la terrible question de celui qui crée.


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  • Des journalistes français capturés et traités comme des bêtes pendant des mois, attachés tous ensemble dans des caves viennent d'être libérés, on ne sait comment.

    Ce qu'on nous dit, quand même, à mots couverts, c'est que ce n'était pas l'abominable Assad qui les détenait, mais les gentils opposants à cet horrible bonhomme, cet affreux tortionnaire, qui eux sont nos amis, nos alliés, qu'on arme et fournit en munitions, ces précieux amis de la France, de monsieur Fabius et de monsieur Lévy (BH) en particulier, qui sont d'excellents français dont les valeurs républicaines ne cessent de m'émerveiller, et, ouf que pour mon porte-monnaie un peu dévasté par l'explosion des taxes et des impôts de toute sorte, que la France n'a pas déboursé un centime pour obtenir qu'ils soient rendus à leurs foyers.

    C'est que monsieur Fabius est une fine mouche, et sans le moindre doute, un parfait honnête homme. Comme monsieur Strauss-Kahn,franc comme l'or.

    Passé au travers des pires scandales en restant toujours propre de chez propre. Monsieur propre, faut croire. C'est même sûrement héréditaire - c'est ça, la noblesse, l'aristocrassie - puisque on n'entend plus le moindre bruit sur le fiston intitulé Thomas, qui s'est offert alors qu'il pointait à Pôle Emploi un appartement à 7 millions d'euros.

    Pas à dire, faut être particulièrement habile.

    J'en connais pas d'autre, perso. Mon voisin, lui, travaille comme cariste dans l'interim, sa voiture est tombée en panne, c'est moi qui nourrit ses chats, et je suis pas sûr qu'il pourrait se payer un appartement à 7 000 euros sans en emprunter 7 500. 

    Alors, des gars comme ça, qu'ils arrivent à négocier le retour de gens détenus par nos alliés chéris sans que ça vous, sans que ça nous coûte le moindre sou, on doit s'en féliciter. 

    Encore une victoire de la démocrassie !

    Ces gars là sont vraiment forts.

    Cependant, et bien que ça me semble à moi incompréhensible - mais sans doute que je n'ai pas reçu dans mon berceau l'équipement mental nécessaire -, c'est que monsieur Assad soit toujours l'affreux, l'homme à abattre, et ses valeureux opposants nos alliés.


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  • Une remarque : il me semble que dans le texte ci-dessous, le traducteur use constamment du mot « esprit » pour désigner le mental. Attention aux risques de contresens, donc.

    "Je me suis rendu en Inde en 2008 et j’ai vu ce qui se passait. C'est un pays tellement étonnant que j'ai passé un séjour merveilleux, mais de voir à quel point les gens sont sous le contrôle de la religion m'a un peu dépité. Je suis allé sur le site de la montagne Arunachala, près de la ville de Thirunvannamalai, dans l'État du Tamil Nadou, au sud de l'Inde. C'est la région de Sri Ramana Maharshi qui à partir de l'âge de 13 ans, a réfléchi profondément à la signification du « je ».

    Qui suis-je ? Quelle est la nature de ce « je » dont nous parlons ? Il en a conclu, après une vie passée à méditer profondément, que le « je » est une Conscience infinie, éternelle, invariable et que le monde « physique » est une illusion de ce que nous appelons l'esprit. C'était essentiellement cela. Pour lui, les prétendus « maître » et « élève » sont à voir d'un point de vue différent, ou d'une observation différente, et non comme « celui qui est au sommet » et    « celui qui est en bas ». Je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il a dit, ni avec tout ce à quoi il a cru, mais les fondements représentent la vérité simple. Le royaume « physique » est une réalité illusoire dans laquelle les gens se perdent à cause de l'isolement et de la division. Oh, Shiva, qu’ont-ils fait de tout cela ? Depuis sa mort, en 1950, l'endroit où il a vécu a été transformé en lieu saint. J'ai été stupéfait de voir les adeptes se prosterner devant son image, leur front touchant le sol en signe d’hommage et de respect. J'ai eu envie de crier : « Mais arrêtez donc ! » « Vous n'avez pas compris ce qu'il disait ». « Relevez-vous ! ». Je suis arrivé à l'ashram principal et sur le lieu saint dédié à Ramana lors d'un rassemblement nocturne. Ramana n'avait pas vraiment de lien avec la religion hindoue, mais peu importe. La religion l'a adopté, à ce que j'ai pu voir, et à absorbé son message pour l'adapter à son plan. Assis autour du hall, se trouvaient les disciples de Ramana, les gens du coin et des personnes venues du monde entier. Pendant la cérémonie, un homme lisait les passages d'un livre et l'assemblée répétait à l'unisson les passages cités. Cela aurait très bien pu être un office chrétien, islamique, juif ou une cérémonie hindoue. Étais-je le seul à capter l'ironie d'un tel rituel religieux, célébrant un homme qui avait dit que ce monde était une invention de l'esprit et que nous ne faisions qu'un ? Je pense que oui.

    J'ai observé les blancs occidentaux en costume traditionnel indien, les cheveux rasés et qui suivaient le programme religieux professé à travers le monde. Ils portaient l'uniforme et avaient copié la coupe du « saint homme » qu’ils regrettaient de ne pas avoir été. J'ai brièvement rencontré un charmant type venu d'Écosse et dont l'accent surréaliste contrastait avec sa tunique hindoue et ses cheveux rasés. Il marchait comme tous ceux qui ont rencontré leur guide, lentement et en déroulant bien ses pas, comme s'il marchait sur une corde invisible. Ce n'est pas de l’« illumination » religieuse, c'est un programme informatique. Je ne tape pas sur ces gens-là, ni ne cherche à les ridiculiser. Ils devraient pouvoir porter ce qu'ils aiment, avoir leur propre style. Si tout le monde s'habillait comme moi, quel ennui ! Tel est mon avis : la façon dont on s'habille ou se coiffe n'a aucune importance. L'illumination n'est pas une mode, c'est un état d'être. Ceux qui ont besoin de l’apparence passent à côté de quelque chose de très profond. Ils se concentrent sur l’   « extérieur » et non sur ce qu'il y a à l’« intérieur». Ils pensent avoir accès à la conscience infinie alors que tout se passe dans leur esprit, qui est limité par des images et des « choses ». C'est l'esprit qui est obsédé par l'apparence, la personne extérieure, la Conscience infinie n'y accorde aucune intention. L'esprit pense, et l’ apparence n'est qu'une expression de la pensée. L'infini est, tout simplement, et il peut reconnaître une connerie quand il en voit une. Partout où je suis allé dans les les alentours d'Arunachala, j'avais l'impression que les gens enlevaient leurs chaussures en permanence « en signe de respect », mais en respect de quoi ? C'est plus une posture qu'autre chose. Le respect vient du coeur, pas des chaussures. On m'a demandé une fois d'enlever mes chaussures pour traverser un parking poussiéreux et une voie de passage ouverte pour prendre un chemin de montagne. Je ne suis entré dans aucun bâtiment. Apparemment le parking poussiéreux et la voie de passage étaient sacrés. Quel conditionnement débile ! Mais peut-être n'y a-t-il que moi pour penser ainsi.

    Les gens étaient assis dans la position du lotus, et moi, dans le lieu saint, j’étais assis sur une chaise pliante à cause de mon arthrite. Quelques personnes m'ont regardé bizarrement, mais je ne m'en souciais pas. Pas besoin de suivre un règlement pourri du style « vous devez être assis dans la position du lotus pour aligner votre énergie sur celle de Dieu ». Est-ce que cela signifie que je ne peux pas m’« aligner » parce que j’ai de l'arthrite et que je ne peux pas m'asseoir par terre ? Mince alors, pour m'asseoir les jambes croisées, il faudrait que je sois sous anesthésie. Les affaires de mécanique du corps, le         « comment vous le faites » ne sont qu'un mirage qui opère dans le royaume de l'esprit, d'où émane toute la structure. L'esprit est le « monde » de l'illusion. « Aligner notre corps ?»… Il n'y a pas de corps, en tout cas pas tel que nous le percevons. Comment voulez-vous aligner votre vision de l'esprit à celle de Dieu, puisque votre esprit est déjà « Dieu », le Tout Infini ? C’est comprendre que nous sommes l'Infini qui va nous aligner efficacement et sciemment à la conscience de l'Infini et non de nous asseoir dans la position du lotus. Notre point d'observation détermine notre sens des réalités, c'est tout, et notre sens des réalités devient notre réalité vécue.

    Je suppose que mes impressions générales sur la « spiritualité » officielle de l'Inde se résument au moment où j'étais assis à l'extérieur de l'ashram de Ramana et attendant qu’il ouvre. Près de moi se trouvait un américain blanc, un « gourou» au crâne rasé, assis en tailleur et vêtu d'une tunique orange. Il parlait à deux américaines d'âge moyen, du chemin de l’illumination. La première gobait chaque syllabe avec une crainte non dissimulée, alors que l'autre notait studieusement chaque expression qu'elle pensait pertinente dans un petit carnet. Ce qu'il leur disait semblait terriblement compliqué et quand il a ajouté que nous n'étions pas digne d'être « Dieu » j'ai plié ma chaise et me suis éloigné pour retrouver mon souffle. Au moins, la dame au carnet avait posé une question évidente : « si vous dites que nous sommes « Dieu », comment pouvons-nous ne pas être digne de lui ? » Le temps qu'il fasse sa réponse prolixe, j'étais fort heureusement hors de portée de voix, bien que j'ai noté qu'il avait parlé une ou deux fois de « Jésus ». Cet homme, c'était le christianisme, le judaïsme et l'islam portant un déguisement orange. Comme d'habitude, la simple vérité se noyait dans une complexité superflue et une hiérarchie fabriquée. Dieu est « en haut » et nous sommes « en bas ». C'est exactement la façon dont les dieux serpents veulent que nous percevions cette relation. Aussi, il existera toujours d'authentiques « gourous » ou des « saints hommes » ou « saintes femmes », cachés par ce raz-de-marée de connerie, de prétention et d'égoïsme, qui se fait passer pour de la « spiritualité » et de l’« illumination », mais ils ne sont pas la majorité. Les gens les plus égoïstes, les plus roublards, les plus douteux que j'ai connus, sont ceux qui emploient ce genre de termes : « amour et lumière », « j'aime tout le monde », « je prends tout le monde dans mes bras ». (…) J'ai eu beaucoup d'expériences douloureuses et coûteuses avec ce genre de personnalités narcissiques, se faisant passer pour la quintessence de l’ « amour » et de la « bonté ». Ils n'ont aucune intégrité ; ils condamneront le « système » avec leurs mots, mais s'en serviront quand cela siéra à leur avidité et à leur esprit vindicatif. Le New Age est une autre religion reptilienne servant à prendre au piège ceux qui rejettent les autres religions. Ironie du sort, les médias m'ont taxé de « gourou New Age ». Pathétique !"

     

    Extrait de « Race humaine, lève-toi ! », David Icke, p. 308/310.





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  • Les reptiliens et leurs chiens adorent les décorations.

    Quoi de plus ridicule qu'un militaire en grande tenue, exhibant sa quincaillerie, qu'un dignitaire franc-maçon, harnaché comme un cheval de fiacre, qu'un ministricule républicain orné du collier et des médailles de ses maîtres ?

    Ces fanfreluches n'illustrent que la soumission de ceux qui les considèrent comme précieuses et dignes d'être recherchées.

    Il existe par contre un ordre, parfaitement initiatique, une véritable chevalerie, dont les membres se reconnaissent d'emblée, sans qu'ils aient besoin pour cela de ces amuseries débiles.

    C'est un cercle protégé par un invisible faisceau de radiations qui en exclut infailliblement ceux qui lui sont étrangers, sans qu'il soit nécessaire de disposer de mots de passe.

    C'est un clan où se retrouvent entre frères des humains de toute provenance, le plus démocratique du monde, puisqu'il n'est pas fondé sur la possession des richesses ou du savoir, mais le plus aristocratique aussi, au point que nul, quelles que soient ses manigances, bien au contraire, n'y entrera s'il est indigne.

    Cet ordre, cette chevalerie qu'aucune corruption ne peut entacher, c'est le noyau des hommes et des femmes qui sont devenus incapables de mentir et de dissimuler.

    Incapables de feindre, de ruser, de bouger des pions dans l'ombre, de déguiser leur pensée, de salir des mots et de traîner quiconque dans la boue, incapables d'user de menace ou de chantage, incapables d'admettre que le noir est blanc, que le menteur est juste, et le coupable innocent, même si les loups le déchirent.

    C'est une chevalerie éternelle, à laquelle on appartient ou non, selon son degré de pureté.

    Quand on y est admis, c'est sans l'avoir cherché, visé, demandé. Quand on y est entré, on le sait, par un redressement soudain de la colonne vertébrale, qui est une véritable investiture.

    C'est la seule véritable chevalerie, au regard de laquelle les pitreries initiatiques sont un folklore grotesque ou du fumier.   

     





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  • A fond


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  • Pour moi, le meilleur disque de King Crimson, incroyablement bon de A à Z, c'est Islands.

    Robert Fripp tient son groupe d'une délicate et élégante main de fer, à mille lieues du son "rock" de l'époque. 

    L'un des meilleurs morceaux, le long voyage de Formentera Lady, puis, en prime, Sailor's Tale.

    L'album entier vaut l'écoute, et plus.

    Désolé pour l'immonde pub préalable, mais les autres vidéos sont tronquées, doublées d'images douteuses, ou malsonnantes.

     


    KING CRIMSON - Formentera Lady /The Sailor's Tale par salvovsc 

     

     


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  • Cet été là, je marchais seul dans les monts d'Auvergne. Marcher seul, c'est facile : pas à attendre les traînards, les geignards, ceux qui s'arrêtent à toutes les fontaines, à toutes les terrasses de bistrot, s'écroulent à l'ombre à chaque dénivelé. Pas de bavards, non plus.

    Vous avez dit misanthrope ? Que nenni. Ah que nenni, même. Mais, comme l'ami Thoreau, je pense que marcher est un acte sérieux, grave, méditatif, sous un aspect mécanique, qui ne supporte pas l'amateurisme ni les demi-mesures.

    Sacré ? Oui, sacré, dès lors qu'on l'intériorise. Marcher en dedans, comme en dehors.

    Les arts martiaux chinois savent un certain nombre de marches, qui toutes ont des buts et des effets différents.

    Marcher requiert une vigilance constante, dont la charge principale est dévolue à l'intelligence - dite instinctive - du corps. 

    Il me souvient d'un dénivelé assez doux, mais hérissé de pierres roulantes dangereuses pour les chevilles et toute la suite de la structure, que j'ai descendu en état d'hypnose. Le corps veillait, l'esprit était envolé*.

    Marcher en conscience, chose presqu'impossible sur le moyen et le long terme, est une autre aventure.

    Seul, ce qui est difficile, à moins d'être devenu absolument indifférent à toute perte, c'est d'être libre de ses affaires - sac, chaussures, tente - en phase de repos, à moins de tout trimballer 24 h sur 24.

    Un matin, j'allai au sommet du Sancy.

    C'est loin dans mes souvenirs, ça a pris un peu la poussière. Était-ce le matin, l'après-midi ? J'ai oublié.

    Il était dans mes habitudes de partir à l'aube, et de marcher dans la fraîcheur. Pas à la lampe frontale comme je l'ai vu faire sur le Saint-Jacques par deux savoyards, forçats de la route, mais suffisamment tôt pour rompre successivement du front toutes les toiles qu'avaient tendues les araignées durant la nuit, humides de rosée, comme de rafraîchissantes serpillières et voir rentrer chez eux les prudents et inquiets lapins dans un ballet précipité de tutus beiges et blancs.

    Pouvez-vous imaginer quelle est la vie du lapin, que tous convoitent, si peu armé pour sa défense, si ce n'est son art de bondir à la moindre alerte, et ses incroyables oreilles toujours au guet, ses moustaches frémissantes, sa capacité à se reproduire qui oblitère les nombreuses pertes qui endeuillent son clan, et, tel le pauvre randonneur solitaire, le court fil qui le relie à son terrier, à ses affaires ?

    J'ai oublié l'heure, mais me souviens qu'il faisait chaud, voire plus, ce jour là.  Et aussi d'une mince ligne de crête d'un mètre de large, peut-être, entre deux gouffres.

    J'arrivai, fumant.

    En même temps qu'un téléphérique - télécabine ? j'ignore le mot idoine - plein d'aimables momies roses de peau, casquées d'argent, élégamment, fraîchement et proprement vêtues, qui s'égaillèrent en piaillant et commencèrent à s'auto-mitrailler devant les horizons comme Sir Edmund Hillary l'a peut-être fait en son temps.

    Nul doute que s'ils avaient eu entre les mains un drapeau de leur fief - Sam Suffy -, ils l'auraient déployé sous le flamboyant et splendide soleil.

    Un peu dégoûté (ma question actuelle est la suivante : serais-tu encore dégoûté, VJ, si tu revivais une situation identique, ou y serais-tu devenu indifférent ? Bref : as-tu avancé dans le renoncement à toute illusion, ou non ?), suant, poussiéreux, j'orientai ma boussole vers un bel hôtel, où je pris la plus belle chambre et plus tard le menu le plus cher.

    Pour me reposer, et me décrasser à fond, parce que j'avais omis de me laver depuis deux ou trois jours, vue la difficulté de s'éloigner du terrier, mais aussi, vu l'air dégoûté et méfiant du réceptionniste, pour casser le cliché du vagabond désargenté, voleur de poules.

    Une image bien ancrée, puisqu'on me demanda de payer d'avance.

     

    * Fait ça aussi en voiture, un matin. 40 km sans le moindre souvenir.

      


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  •  

    Moi, où en suis-je, de ce voyage ?

     

    Je marche, comme toujours. A moins que je ne rêve que je marche ? Peut-être suis-je mort ?

     

    Cette nuit, j’ai le souvenir de deux rêves : dans l’un j’apprenais à jouer d’un drôle d’instrument, entre accordéon et vielle, c’était un instrument à jouer la vie.

     

    Plus tard, j’étais mort, et je me projetais dans le temps, dans l’avenir, et, mort, invisible, j’appelais ma femme de ce temps-là, elle se nommait Marie. Marie, appelais-je, et elle ne m’entendait pas, à peine si elle se retournait vaguement, inquiète. Voyant son air triste, ses larmes, j’ai eu un coup au cœur, comme un coup de poing, qui m’a éveillé.

     

    Suis-je mort, suis-je vivant ? Papillon, ou Tchouang Tseu ?

     

    Chez le peintre Ibara, j’ai compris à quel point chacun voit le monde à sa propre et unique manière. Si on a tous un monde différent, dès lors qu'on le sait, on doit pouvoir y agir, comme avec cet instrument de musique, jouer sa propre mélodie ?

     

    Pour cela, il faut disposer de l’instrument, et apprendre à s'en servir.

     

    Le vouloir, aussi.

     

    Suis-je en train d’apprendre, ou en train de rêver ?

     

    Vivant? Mort?

     

    Je ne sais pas. C’est peut-être sans importance.

     

    L’important est - peut-être -  de jouer à la juste profondeur, la strate où se font et se défont les trames, ouais, où s’échangent les tramways, les aiguillages, c’est le terme, là où s’inscrivent les airs nouveaux, où les arbres s'enracinent, et plongent les rochers, car en surface, on ne fait que subir, courir, mourir, sans jamais rien savoir ni pouvoir.


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